Faire apparaître les oiseaux

Septembre 2026

1. Le plus difficile, c’est de rester assise à cette table. Connaître le point de départ et tracer une ligne. En faire un lieu. Faire confiance à la posture du corps sur la chaise trop basse – jamais vraiment droite, même si on voudrait. S’en remettre aux mains qui se reposent sur la table, à la texture familière sous les doigts, au film collant sur le bois malgré les nettoyages quotidiens.

2. Dans l’oracle de l’oiseau bleu, j’ai pigé la carte des oiseaux : Birds bring a message full of cheer – remain without fear. Je change de langue, pour mieux saisir : « Les malheurs seront brefs lorsque les oiseaux disparaîtront. Â»

3. Je voudrais me lever. Je reste. Parmi les traces accumulées sur les cartons, les notes rangées dans une pochette transparente, ces découpages de vies qui ne m’appartiennent pas, aucune histoire d’oiseaux. Et pourtant, je les guette depuis l’adolescence : les corneilles sur les fils électriques et celles, nombreuses, à crier dans les arbres qui bordent la rivière. J’interprète leur présence et leur regard, leur chant comme une annonce, une menace ou un appel. Je sais à l’avance ce qui se produira.

4. J’ai réuni dans un tableau les coordonnées précises des hasards objectifs. Morceaux d’existences à transmettre et agencer, traces de jours, cartes postales. Un signe de la main comme une direction à prendre. Les oiseaux m’indiquent le chemin. Sur l’image, on voit un groupe de mésanges. Elles sont quatre.

5. Ce qui m’appartient tombe souvent dans l’oubli, se recouvre de poussière. Je me déplace trop rapidement, abandonne ce qui était là, me réfugie dans la quantité ou le besoin soudain de parler ou de toucher à une ami·e. Il y a matière à reprendre du début.