Le Deuil et la « Permission » d'écrire dans les fictions d'Hélène Cixous

Martine MOTARD-NOAR (McDaniel College)

Résumé

Les lecteurs de Cixous se trouvent ballottés dans le temps, au gré de la narration, de ses errements, de ses hésitations, de ses retrouvailles et de ses obsessions, bref de tout ce qui a toujours constitué la matière de ses récits. Depuis le début, ses récits ont été des récits de deuil, alors qu’elle s’est toujours interrogée sur la place de la figure du père, le sien étant mort lorsqu’elle avait dix ans. L’auteure elle-même ne s’est jamais cachée de sa fascination envers une écriture qui résisterait à toute limite, entre autres, celle imposée par la mort. Récemment, l’entrée en fiction de nouveaux morts, tels le fils trisomique et « mon ami » Derrida, n’a rien changé d’essentiel. Lorsque la mère malade rentre dans le récit comme future recrue de la mort, le ton de la narratrice ne change pas non plus. Toutefois, le renouvellement thématique de la perte amorce une substitution, jamais vue auparavant, de la focalisation du texte non plus sur la figure du père mais sur celle de la mère. Ainsi entrent en scène l’écriture comme anticipation et pré-inscription du deuil et l’« hyperrêve » comme outil contre la mort.

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Abstract

Since the late 1960s, Hélène Cixous’s narratives have walked the reader through obsessions, hesitations, erring, and relentless searches for personal enigmas and revelations. In many ways, her fiction can be read as narrative works of mourning, where the narrator questions the place of the Father, a figure which is constantly under construction. The author herself has openly recognized the importance of her father’s death when she was ten years old and the subsequent and related fascination for writing against limitations. In the last decade, Cixous has published several new narratives of mourning – one on the death of her son at the age of one, one on the then recent death of her friend Jacques Derrida, and several dealing with the threat of her mother’s impending death, as she is nearing 100. While the tone of the narrator’s relentless search for memory and immortality remains consistent, the focus on the Mother and the narrator’s potentially imminent loss does make for an unusual pre-mourning narrative, away from the more traditional trope of the search for the deceased father.