Toute la vie, la vie avec les morts

Eftihia MIHELAKIS (Université de Montréal)

Résumé

Les récits d’Hélène Cixous se situent au-delà d’une écriture autobiographique soucieuse de retranscrire fidèlement les souvenirs d’un passé douloureux puisqu’ils engagent une parole avec les morts. Les événements, tout comme les personnages et les mondes qui peuplent ses récits, semblent toujours être à la lisière de la vie et de la mort tant les récits qui les constituent les font renaître, revivre, et « remourir ». Car, plus que la mémoire, c’est la volonté de partager et de raconter à des figures fantomatiques qui modèle l’œuvre de Cixous. Ainsi, tout en étant consciente de leur départ, Cixous refuse de faire le deuil (au sens freudien) de ces figures puisqu’elle amplifie leur présence par l’entremise d’un passé imminent et d’un futur déjà fuyant. Chez Cixous, plus spécifiquement, l’écriture transmet une mémoire endeuillée par la mort de ses proches. C’est bien cet entrelacement entre mémoire, parole et deuil que Cixous met en scène, interrogeant ainsi l’expérience de la perte de Jacques Derrida. Or, comment appréhender la possibilité du deuil dans ce travail soucieux de préserver le mort dans la vie ?

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Abstract

Hélène Cixous’s works are less engaged in developing an autobiographical voice, which faithfully and diligently transcribes painful memories, than they are fascinated with the idea of having a discussion with the dead. Whether it is through the description of events, characters or imaginary worlds, her writing is at the threshold of life and death. More that memory, Cixous is motivated by a genuine need to share and to tell her stories to the phantoms that occupied her world and still do. She is therefore resistant at the idea that mourning can come to an end and prefers to amplify the presence of the dead by way of an imminent past and an ever-escaping future. More specifically, it is through this cohabitation with the dead that her writing bestows a memory in mourning. It is this intertwined idea of memory, speech and mourning, which I would like to shed light on through the figure of the ghost of Jacques Derrida so as to ask: How can one apprehend the possibility of an end to mourning in a work faithful in keeping death in the very midst of life ?