L’éclipse de la morte-sans-cadavre

Marie-Caroline MEUR (Université Paris IV - Sorbonne)

Résumé

Le 11 août 1999 se produit pour Serge Rezvani une double éclipse : disparition temporaire du soleil mais surtout diagnostic d’Alzheimer posé sur sa femme Danièle. Le poète, lié pendant quarante ans d’un amour total à sa muse solaire « Lula », livre un texte autobiographique explorant les conditions de sa survie auprès de sa « morte sans cadavre ». Paradoxalement, l’auteur doit renoncer à faire son deuil de la femme aimée. Les marques extérieures et les étapes intérieures du deuil sont repoussées à un instant ultérieur. Le cadavre inhumé sera alors celui d’une quasi-inconnue dont la personnalité n’aura plus laissé affleurer que le pire de l’originale. Journal intime, chroniques d’un accompagnant, ultime déclaration d’amour, le texte traduit la volonté farouche de garder malgré tout un lien avec le souvenir de la femme aimée. Le blason hésite entre la plainte, l’oraison funèbre et l’évocation vivante de « l’âme neuronale » de Lula. Plusieurs réseaux antonymiques tissent ainsi une écriture « schizophrène » dont l’un des buts est pourtant de retrouver une forme d’unité.

Lire l'article :

Abstract

A solar eclipse occurred at 12.30pm on the 11th of August 1999. At that very moment, Serge Rezvani, writer, painter and music composer, is told by a neuropsychiatric doctor that Lula, his beloved wife of 40 years, suffers form Alzheimer. His solar muse is thus bound to slowly disappear and drift away from him. L’Éclipse is an intimate, autobiographical text that explores the paradoxical mourning process of not being able to grieve a not yet dead loved one and at the same time not being able to love a half-alive body, with a long-gone personality, that only bears some physical resemblance to the past. It is through a schizophrenic kind of writing that Serge Rezvani tries to find unity in fragments and, like a modern Orpheus, hopes to call back to him his Eurydice from the limbo of her disease.