Enrique Vila-Matas et la littérature de l'épuisementAnna MAZIARCZYK (Université Marie Curie-Sklodowska)Résumé Mi-roman, mi-essai critique sur la littérature qui n’a jamais été créée, Bartleby et compagnie d’Enrique Vila-Matas est en même temps une encyclopédie des œuvres ratées et une réflexion sur la condition de la littérature contemporaine et le sens même de l’activité littéraire. En étudiant les œuvres qui sont restées à l’état d’une simple ébauche voire même dans la phase des projets, le narrateur fait en quelque sorte une histoire critique de la Littérature Négative qui n’existe qu’à travers des notes, des idées et des commentaires des écrivains. Littérature de l’épuisement créatif par excellence, cette Littérature Négative n’est point une littérature épuisée : fondée sur l’expérience du refus et de la négation, elle semble s’inscrire parfaitement dans l’esthétique (post)moderne qui exploite le fragment, l’inachevé, l’échec - phénomènes méprisés par la conception traditionnelle de l’art harmonieux et parfait. Texte sur la littérature échouée, Bartleby et compagnie donne lui-même l’impression d’être un roman raté qui, par sa forme atypique, s’assimile autant que possible aux textes dont il traite : dépourvu presque entièrement d’intrigue, il s’anéantit progressivement pour devenir un exemple de plus de la littérature de l’épuisement. Abstract Enrique Vila-Matas’s half-novel/half-essay, Bartleby & Co. is simultaneously an encyclopaedia of failed literary texts and a reflection on the condition of contemporary literature as well as the sense of literary creation as such. By analysing texts which did not go beyond the stage of a draft or a project, the narrator develops a kind of a critical history of Negative Literature, which exists only as writers’ notes, ideas or commentaries. Negative Literature is a perfect literature of exhaustion, yet it is not an exhausted literature: relying on the experience of rejection and negation, it seems to fit perfectly well into a (post-)modern aesthetic, which cherishes the fragmented, the unfinished, the failed – the elements rejected in the traditional conception of harmonious and perfect art. Bartleby & Co., the text about failed literature, seems itself to be a failed novel, which – on account of its unusual structure – is just like the texts it describes: deprived almost completely of the plot, it gradually destroys itself, thus becoming yet another instance of literature of exhaustion. |