La disgrâce comme constitution d'un sujet spectral

Arnaud MARIE (Dijon)

Résumé

Dans les trois romans que nous avons retenus, Lauve le Pur de Millet, Raffut de Strauss et Disgrâce de Coetzee, les auteurs nous ont paru expérimenter de manière convergente une forme intransigeante et totale de soustraction, parce qu’ils suivent d’abord le processus de ratage, de déchéance totale qui affecte chacun des protagonistes, radicalement marginalisé, puis entraîné sur des lignes de déterritorialisation absolue, jusqu’au point zéro de sa subjectivité. Cet effeuillage du moi n’est pas seulement une ultime étape dans l’interminable mise à mort du personnage romanesque, mais la condition impérative pour accéder aux discordances majeures, de l’époque. Réduit à la condition de mort-vivant ou de spectre, le personnage devient le siège de forces qui le dépassent, d’événements et de visions, du heurt assourdissant entre passé et présent. Témoin ou révélateur de son temps, il apparaît enfin comme le dépositaire d’une langue épuisée et agonisante, qu’il ne peut qu’accompagner dans son naufrage.

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Abstract

In the three novels studied, Millet's Lauve the Pure, Strauss' Rumor and Coetzee's Disgrace, the authors seemed to experiment in a convergent manner with an intransigent and total form of subtraction, since they first follow the process of failure, of total decay affecting each of the radically marginalised protagonists, then lead them along lines of absolute deterritorialisation to the point zero of their subjectivity. This thinning out of the self is not only the ultimate step in an interminable death sentence imputed upon the novelistic character, but the imperative condition to access the era's major discordances. Reduced to the condition of the walking-dead or the spectre, the character becomes the siege of forces beyond him, of events and visions, of the deafening clash between the past and the present. Witness or revelation of its time, it appears finally as the depository of a tired and agonising tongue that he can only follow in its wreck.