Définitions ratées et figures foisonnantes : Le geek et la liste
Benoît FAUCHER (Université de Montréal)
Résumé
La figure du geek, qui se spécialise dans un créneau pointu dans un but de contrôle totalisant, est propice à la constitution de listes. Que ce soit par le désir collectionneur de connaître tous les noms des Pokemons, ou par la certitude obsessive de ne jamais être surpris par une nouvelle carte Magic, le geek compile un savoir en maîtrisant l’énumération de ses catégories. Il ne s’agit que de parcourir les Simpsons Archives pour comprendre l’ampleur que peut prendre le projet de tous répertorier. Wikipédia en soi, n’est qu’une gigantesque méta-liste, un rappel direct au projet de Diderot et d’Alembert.
Mais c’est en étudiant la définition possible de la figure du geek que j’ai constaté l’importance primordiale que prend la liste à même la constitution de la figure. Emmêlé à un vocabulaire stéréotypique, le mot « geek » est en manque d’une définition consacrée. D’un dictionnaire à l’autre, d’une encyclopédie à la suivante, les définitions s’accumulent. Pour ajouter à la confusion, la popularité du terme couplée avec le flou sémantique qui l’entoure ont engendré toute une catégorie de tests et de quiz, sous forme de listes de questions, qui tentent de quantifer à quel point le lecteur est geek. Que ce soit sous la forme du Geek Test et du Geek Code, deux institutions responsables en partie d’avoir rescapé l’appellation geek du domaine de l’insulte, ou sous la forme de Are You a Geek?, un livre qui brille par son usage abusif des stéréotypes qui ont donné au geek sa mauvaise réputation, la liste est au premier plan de l’effort de définition.
Le geek, à la fois par et pour la liste, permet de réfléchir le rapport qu’entretient la totalisation avec la figure. La liste peut-elle agir en guise de définition? Ne serait-elle pas plutôt le symptôme de l’échec de constitution d’une figure? Sa prolifération n’est-elle pas l’inverse de la concision offerte par le recourt à la figure? Peut-être que le stéréotype, cette réduction à quelques aspects exagérés, serait, à la base, une figure ratée.
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Abstract
Specialising in well-defined niches towards a totalising goal, the geek figure is often linked to the process of list creation. From the collector's desire to know all of the Pokemon names to the obsessive certainty of never being surprised by a new Magic card, the geek compiles knowledge through the mastery of its categories' enumeration. A mere glance at the Simpsons Archives obviates the scope of projects aiming at complete itemization. Wikipedia in itself is nothing other than a gigantic meta-list, a contemporary mirror of Diderot and Alembert's project.
But it is while studying the possible definition of the geek figure that I realised the primordial importance that the list takes at the very heart of the figure's constitution. Enmeshed in a stereotypical vocabulary the word "geek" lacks a consecrated definition. From dictionary to dictionary, encyclopaedia to encyclopaedia, the definitions accumulate. To add to the confusion, the popularity of the term, coupled with its fuzzy semantics have bred a litany to tests and quizzes, themselves composed of lists of questions, each trying to quantify the level of geekness of the reader. From the Geek Test and the Geek Code, two institution responsible for saving the geek appellation from the realm of the insult, to Are You Geek?, a book that repeatedly uses the stereotypes that have given the geek its damaged reputation, the list is found in the front lines of the definition effort.
The geek, both by and for the list, allows for reflections on the relationship between the figure and totalisation. Can a list act as a definition? Is it not rather the symptom of a figure's failed creation? Is not its proliferation the inverse of the concision offered by the use of the figure? Perhaps it is that the stereotype, this reduction to a few exaggerated aspects is, at its core, a failed figure.
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