Apocalypse, science-fiction et catastrophisme éclairé : Et si la panne sèche de notre « agir » provenait d’un déficit du « croire » ?

Marc ATALLAH (Université de Lausanne)

Résumé

Au cours de son essai La Marque du sacré, Jean-Pierre Dupuy se donne pour tâche de penser l’Apocalypse, en particulier lorsqu’elle a partie liée avec les domaines climatique et énergétique. Pour ce faire, le philosophe interroge les fondements métaphysiques de notre rapport au temps et postule que le « temps du projet », réflexif, devrait se substituer au « temps de l’histoire », prospectif. Donnant suite à cette méditation, ma communication se propose d’étudier la proximité axiomatique qui s’établit entre la pensée dupuyenne et certains textes de science-fiction dits « apocalyptiques » d’une part, et d’autre part, les avantages existentiels éprouvés par le lecteur lorsqu’il se plonge dans ces fictions. Il m’a en effet semblé évident que la méditation de Dupuy ne pouvait éviter d’exhiber son talon d’Achille; la réforme métaphysique tant attendue a pour vertu d’« obliger » l’individu à croire ce qui sous ses yeux, pour l’instant, ne relève que du savoir. Or, le philosophe passe sous silence ce que la réflexion de Jean-Marie Schaeffer n’a eu de cesse de démontrer; lors de l’immersion fictionnelle, le lecteur croit, justement, à ce qu’il expérimente par le biais du récit. Finalement, j’aimerais montrer qu’en choisissant de projeter des individus fictionnellement « immergés » dans un avenir pré-apocalyptique conjecturé, certains romans de science-fiction peuvent conduire leur lectorat non plus à penser abstraitement ce « temps du projet », mais à le vivre pratiquement.

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Abstract

In his essay, La Marque du sacré, Jean-Pierre Dupuy undertakes the task of thinking the notion of the Apocalypse, especially when it pertains to climate and energy concerns. In order to do this, the philosopher questions the metaphysical underpinnings of our relation to time and postulates that the reflexive “project time,” must replace the prospective “historical time.” Following this thought, my communication aims, on the one hand, to study the axiomatic proximity between the Dupuy’s philosophy and some science-fiction texts said to be “apocalyptic,” while on the other hand, to show the existential advantages felt by the reader when absorbed by these types of fictions. Indeed, it seemed obvious to me that Dupuy’s musing poorly hides its Achilles’ heel; the waited upon metaphysical reform has the virtue of “forcing” the individual to believe in what he or she, for the moment, only knows. But the philosopher foregoes to mention what Jean-Marie Schaeffer has continually proven; while enthralled by fiction, the reader believes, rightly, in the plot’s elements. Finally, I would like to show that by choosing to project individuals immersed through fiction into a conjured pre-apocalyptic future, some science-fiction novels can lead their readership not only to abstract the “project time,” but also to live it in a practical way.