H comme harki, honte, honneur : nom du traître et traîtres mots

Djemaa MAAZOUZI (Université de Montréal)

Résumé

Pour le sociologue Henri Müller, les écrits des dernières décennies sur les harkis, ces supplétifs musulmans engagés par l’armée française durant la guerre d’Algérie, ont permis « une modification des représentations, au sein comme à l’extérieur de cette population, faisant passer les harkis d’une image de traître à celle de victime » (Müller 1999 : 132). Après un retour sur l’origine du mot « harki », ses désignations, ses significations, nous parcourrons attentivement deux ouvrages de ce corpus hétéroclite : Mon père ce harki de Dalila Kerchouche (Paris, Seuil, 2003) et Le harki de Meriem de Mehdi Charef (Paris, Mercure de France, 1989). Nous verrons comment, dans ces deux textes qui empruntent des voies génériques et narratives fort différentes, se produit un déplacement de la représentation du harki en « salaud » puis en victime, vers la construction d’une image du harki père en héros par ses enfants.

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Abstract

For the sociologist Henri Müller, last decades’ writings on the “harkis”, the Muslim auxiliaries enlisted by the French army during the Algerian War, allowed “a modification in representations, within as outside that population, thus transforming the harkis’ image of a traitor into that of a victim” (Müller 1999 : 132). Following a return on the origin of the term “harki”, its designations and its significations, two works from that heterogeneous corpus shall be closely examined: Dalila Kerchouche’s Mon père ce harki (Paris, Seuil, 2003) and Mehdi Charef’s Le harki de Meriem (Paris, Mercure de France, 1989). Despite different generic and narrative choices, the two texts show a shift in the harki’s representation. The character is depicted as a “bastard” then as a victim, towards the construction of the harki’s image as a hero for his children.