« La dure matrice de la guerre de 1940 » Inflexions initiatiques chez Némirovsky, Gracq et SimenonAnne-Hélène DUPONT (Université McGill)Résumé Cet article porte sur les modulations du schéma de l’initiation dans trois romans qui racontent la guerre franco-allemande de 1940 : Un balcon en forêt de Julien Gracq (1958), Suite française d’Irène Némirovsky (2004 [1942]) et Le Train de Georges Simenon (1961). La structure tripartite et les symboles de l’initiation hantent l’expérience que les personnages des trois œuvres font de la « drôle de guerre » et de la débâcle, sans que leur trajectoire s’y conforme totalement. Ces initiations ratées, incomplètes ou inexploitées éclairent la conception de la guerre et de l’héroïsme qu’élabore chaque roman. Globalement, le recours à l’initiation répond au besoin de donner sens à l’étrangeté et au chaos de cette guerre, en même temps qu’il embrasse ceux-ci. L’absence de sa dernière phase, la réintégration, met en évidence la part d’inconciliable entre cette guerre et la suite des événements ainsi qu’entre les expériences individuelles et les récits collectifs. Abstract This article focuses on the modulations of the initiation pattern in three novels that take place during the Franco-German war of 1940: Julien Gracq’s Un balcon en forêt (1958), Irène Némirovsky’s Suite Francaise (2004 [1942]) and Georges Simenon’s Le Train (1961). In all three works, the tripartite structure and symbols of initiation haunt the characters’ experience of the "phoney war" and the débâcle, without their trajectories fully conform to the pattern. These failed, incomplete or untapped initiations reveal the concept of war and of heroism elaborated by each novel. Overall, initation answers the need to give meaning to the strangeness and chaos of this war, while embracing them. The lack of its final phase, reintegration, highlights the share of incompatibility between this war and subsequent events as well as between individual experiences of the conflict and collective narrations of it. |