« Pour que tout récit, toute vengeance et toute haine prennent fin » Le héros amnésique d’Antoine Volodine

Anne-Marie DAVID (Université de Montréal)

Résumé

Le héros populaire ne le devient pas pour rien : des conjonctures expliquent et justifient sa position hors du commun. Ce passé comprend souvent une injure donnant lieu à des représailles; depuis l’archétype du genre, le comte de Monte-Cristo, les héros sont des vengeurs. Dans Dondog, Antoine Volodine fait usage de procédés similaires, si bien qu’on a pu comparer le personnage à Edmond Dantès. Le hic, c’est que Dondog est amnésique. Il ne sait plus de quel affront ou de quel traumatisme historique il doit se venger, ni sur qui. Il se dessine ainsi en anti-héros sans mémoire et sans passé, cantonné dans un présent ne débouchant sur aucun avenir. Volodine investit la figure du vengeur d’une signification nouvelle, dont il s’agira d’évaluer la portée. Comment penser l’épuisement du héros et son amnésie dans l’univers volodinien, univers d’après les révolutions et de la ruine des utopies ? En d’autres mots, de quoi précisément Dondog refuse-t-il de se souvenir, et avec quelles conséquences sur le roman ?

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Abstract

A popular hero doesn’t emerge out of nowhere: specific circumstances justify his exceptional status. This past often includes an offense and subsequent vengeance, as is exemplified by the genre's archetype, the Count of Monte-Cristo. Heroes are therefore avengers. In Dondog, Antoine Volodine’s use of a similar pattern causes a comparison between his main character and Edmond Dantès. The only discrepancy is that Dondog is an amnesiac. He has no knowledge of that defining insult or historic trauma on which he must take revenge, let alone on whom. He is thus designated as an anti-hero without memory and without past, confined to a present without a future projection. Volodine invests the figure of the avenger with a new meaning, which is the focus of this enquiry. How should we conceptualise the hero’s exhaustion and his amnesia in the Volodinian world, one at the end of all revolutions and utopia's ruin? In other words, what exactly does Dondog refuse to remember, and with what consequences on the novel?