Le héros robespierriste, entre l’incarnation du peuple et la victime sacrificielleGeneviève BOUCHER (Université de Montréal / Université Paris IV-Sorbonne)Résumé La période de la Révolution française voit se succéder deux figures héroïques complémentaires, soit celle du héros collectif associée à l’imaginaire égalitaire et celle de la victime sacrificielle. Dans les premières années de la Révolution, l’héroïsme individuel est rejeté sous prétexte qu’il s’oppose à l’égalité nouvellement acquise : c’est alors la force du peuple réuni qui est exaltée par les discours. Le vent tourne à mesure que la Révolution se radicalise. À partir de 1793, l’on voit apparaître des figures héroïques individualisées célébrées à titre posthume en tant que martyrs de la Révolution : on établit alors une sainte « Trinité des martyrs de la liberté » composée de Le Pelletier, de Marat et de Chalier. Robespierre, qui prend les rênes de la Révolution entre 1793 et 1794 et qui la conduit sur la voie de la Terreur, tente également de s’instituer en héros de la nation. Pour ce faire, il reprend à son compte les deux facettes de l’imaginaire héroïque, à savoir l’héroïsme collectif et l’héroïsme sacrificiel. Combinant ces deux aspects a priori contradictoires, le héros robespierriste innove par son rapport inédit au langage, auquel il fait porter les principaux acquis de la Révolution.Abstract The period of the French Revolution saw two heroic figures succeed to one another: the collective hero, associated with the egalitarian imaginary, and the sacrificial victim. In the early years of the Revolution, individual heroism is rejected because it is considered as opposed to the newly acquired equality: it is the strength of the people together that is exalted in speeches. The tide is turning as the Revolution gets more radical. From 1793, some individualized heroic figures are celebrated posthumously as martyrs of the Revolution: a holy "Trinity of the martyrs of freedom" is established, composed of Le Pelletier, Marat and Chalier. Robespierre, who takes the Revolution’s lead between 1793 and 1794 and who opens the way to the Terror, is also trying to define himself as a hero of the nation. To do so, he takes up both sides of the heroic imaginary, that is collective heroism and sacrificial heroism. Combining these two seemingly contradictory aspects, the robespierrist hero innovates through his original relation to language, to which he attributes Revolution’s main achievements. |