Secrets de séducteurs, secrets de matadors

Mathilde BRANTHOMME (Université de Montréal)

Résumé

La séduction opère souvent dans le secret, dans l’échange de signes que seuls séducteur et séduit peuvent percevoir. Johannes, héros du Journal du Séducteur de Søren Kierkegaard, se présente comme le maître des secrets, celui qui jouit de son secret sans pour autant être tenu au secret. Les matadors du film de Pedro Almodóvar, Matador, posent au contraire, dès le début de leur séduction, une responsabilité mutuelle qui les tient au secret. À travers ces œuvres et les textes de Jacques Derrida, Donner la mort et Ginette Michaud, Tenir au secret (Derrida, Blanchot), cet article cherche à montrer comment la séduction peut ouvrir l’espace du secret. Cet espace offre ainsi la possibilité d’une relation secrète, liée à une responsabilité au-delà de la morale générale, ouvrant ainsi sur le sacré.

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Abstract

Seduction takes place in secret, when the seducer and the seduced exchange signs that only them can perceive. Johannes, hero of The Seducer’s diary by Søren Kierkegaard, presents himself as the master of secrets, the one that enjoys his secret without being kept in secret. The matadorsof Pedro Almodóvar’s movie, Matador, create, on the contrary and from the very beginning of their seduction, a mutual responsability to keep it a secret. Through the works of Jacques Derrida Donner la mort and Ginette Michaud, Tenir au secret (Derrida, Blanchot), this article shows how seduction can open the space of the secret. This space offers the possibility of a secret relation, linked to a responsibility, which is above general morality, and opens a door to sacredness.