Le cinéma de Godard et de Debord: mémoires du siècle et expérience de la discontinuité du tempsAlexandre TRUDEL (Université de Montréal)Résumé Le cinéma, en tant que nouvelle technique artistique et que nouvelle pensée, a passablement modifié notre vision de l’Histoire et de la mémoire au XXe siècle. Cela se constate facilement dans les torsions que fait subir au temps un certain cinéma dit « expérimental » (non narratif). Cet essai se penche en particulier sur les films « extrêmes » de Guy Debord et de Jean-Luc Godard (le montage vidéo des Histoire(s) du cinéma, 1999). L’analyse expose par quels procédés formels ces réalisateurs parviennent à proposer une nouvelle compréhension « à rebrousse-poil » de l’histoire et une pratique intempestive de la mémoire. Les films de Godard et de Debord, principalement construits à partir des rébus de l’histoire du cinéma, présentent en effet une nouvelle vision du temps basée sur la discontinuité et sur l’anachronisme. À l’aide de certains travaux théoriques récents (Jacques Rancière, Giorgio Agamben, Gilles Deleuze, etc.), cette analyse comparative vise à montrer comment l’image cinématographique est potentiellement porteuse, via les possibilités du montage, d’une vision fortement critique de l’histoire « officielle ». En cela, et dans leur technique filmique même, les films de Godard et de Debord sont d’emblée des œuvres politiques qui résistent à l’ordre policier des temps présents. Abstract As a new artistic medium and as a new thought, cinema has permanently modified our vision of history and memory during the XXth century. This can easily be seen in the time torsions that are shown in a specific kind of “experimental” or non-narrative cinema. On this matter, this essay deals with some “extreme” movies by French and Swiss directors Guy Debord and Jean-Luc Godard (with his video montage Histoires(s) du cinema, 1999), and analyses the ways in which these directors propose a new “reversed” understanding of history and an untimely practice of memory. Godard and Debord’s movies, principally built from cinema history’s ruins, present a novel outlook on time based on discontinuity and anachronism. With the help of some recent cultural theories (Jacques Rancière, Giorgio Agamben, Gilles Deleuze, etc.), this comparative study explains how, through the possibilities of montage, the cinematographic picture can carry a truly critical vision of the “official history”. In this way, Debord and Godard’s works, in the very fibre of their filmic techniques, are directly political and act as a resistance towards the police order of our times. |