Le non-sens de la logique

Benoît FAUCHER (Université de Montréal)

Résumé

L’humain s’est doté d’outils pour aider sa compréhension du monde.  Ces outils, dans leurs balbutiements initiaux, ont servi de bases sur lesquelles se sont érigé des institutions.  Peu à peu les institutions ont effacé ce qui avait initialement été présupposé dans la conception des outils. Au XXe siècle, deux de ces outils—la logique et le langage—ont fait face à la redécouverte d’une faille à même leurs fondements : l’impossibilité de circonscrire un domaine fermé qui, dans la réflexivité interprétative, éviterait sa propre contradiction.  Je propose, dans cette lecture de la logique et du langage des deux Alices de Lewis Carroll, de déceler le problème engendré lorsque l’interprétation des présuppositions vise les fondements de ses propres mécanismes de fonctionnement.  C’est à l’aide de la théorie du langage telle que dictée par Humpty Dumpty et de la logique présente dans le tea-party du chapelier fou, toutes deux dialoguant avec la théorie du sens de Deleuze et la logique du projet logiciste, que j’élabore une théorie de la puissance de l’étude littéraire.  Cette dernière détient la capacité de formuler un discours à la limite du sens, entre common sense et non-sens, qui puisse parler de la faille du langage tout en utilisant le langage, et d’évoquer l’échec de la logique sous forme de syllogismes, soulignant ainsi les présuppositions limites qui ne peuvent être dépassées.

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Abstract

Humanity has begotten itself of tools in order to facilitate its comprehension of the world.  Upon these tools, institutions have been constructed, thus covering what had been originally presupposed in their conception.  During the 20th century, a failing at the basis of two of these tools—logic and language—has been rediscovered.  This failing, the impossibility of ascribing a closed domain without permitting inherent contradictions through self-reflection, will be discussed using Lewis Carroll’s Alice books.  Using Humpty Dumpty’s theory of language and the tea-party’s logic, in conjunction with Deleuze’s notion of sens and the logicists’ project, I point out the problem that arises when the interpretation of presuppositions aims towards finding the foundations of its own basic mechanisms.  Only literary studies, and its ability to form a discourse at the limits of sense, between common sense and nonsense, may answer this problem adequately, speaking of language’s failings with language and of logic’s limits in syllogisms.  Thus will arise the limits of presuppositions, which may never be surpassed.