Entre foi et folie: la reprise

Sara-Danièle BÉLANGER (Université de Montréal)

Résumé

On pourrait considérer que la théorisation kierkegaardienne autour de la question de la subjectivité prend un ton étrange et inactuel dans la mesure où elle met l’accent sur une certaine unicité qui n’est pas nécessairement présente de manière ontologique chez l’individu, mais advient plutôt, en vertu d’une véritable « folie » subjective. Cette « folie », en tant que possibilité ou risque, s’avère alors être le point de départ d’une expérience du soi nouvelle, d’une existence vécue dans l’« intériorité », d’une part en rupture avec le « général » et d’autre part coextensive d’une relation ambiguë, paradoxale, voire secrète, à la transcendance.

L’objet de ce travail sera d’interroger, dans le cadre d’une telle vision de la subjectivité, le concept kierkegaardien de la « reprise », indirectement incarné chez plusieurs auteurs, en reconstruisant un dialogue implicite, axé sur l’idée centrale de la discontinuité, autour du rapport qui doit se créer entre l’individu et la part d’immanence et de transcendance qu’implique sa propre existence. C’est en s’intéressant justement à la folie subjective qu’implique l’acte de la reprise, soit à ce saut qui instaure une dimension qualitative et transcendante dans le cours brisé de l’existence, qu’on parviendra à mieux saisir de manière indirecte cette notion kierkegaardienne en opposition avec ce qu’on pourrait nommer son « corollaire » dans l’immanence, c’est-à-dire la répétition.

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Abstract

One might consider that Kierkegaard’s theorization of the question of subjectivity takes an odd and outdated tone by emphasizing a certain uniqueness of the subject which isn’t necessarily ontologically present in the individual, but rather becomes or arises by virtue of a veritable subjective “folly.” Such a folly, as a possibility and / or risk, serves as the point of departure of a new experience of the self, of an existence lived “interiorly” as it were, simultaneously at a rift with the “general” and coextensive of an ambiguous, paradoxical, even secret relationship to transcendence. 

The object of this text will be to examine, within the frame of such a conception of subjectivity and through an implicit dialogue centering on the theme of discontinuity, the kierkegaardian concept of “reprise” – which remains indirectly recalled in the work of many authors – in regard to the relation between the individual and the portions of immanence and of transcendence which his or her existence naturally implies. Thus it is through an interest for the subjective folly implied in the act of “reprise”, for this leap establishing a qualitative and transcendent dimension in the fractured course of existence, that we shall come to a better though indirect understanding of this kierkergaardian notion, in opposition to what we might refer to as its immanent “corollary”, repetition.