Du comparatisme différentiel à l’indiscipline

Ceci est un essai de littérature comparée

Myriam SUCHET
Centre d’études québécoises, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3

RÉSUMÉ

Cet article s’efforce de prolonger le dispositif participatif mis en œuvre lors du colloque Montréal comparatiste, tradition vivante afin de matérialiser notre intelligence collective à l’issue de ces deux journées intenses de réflexions. Cette approche relationnelle bouscule des normes disciplinaires pour envisager la recherche comme une forme de création résolument embrayée. Comment relier cette perspective indisciplinaire au comparatisme différentiel tel que je l’avais élaboré dans mon doctorat en cotutelle entre la France et Montréal ? Saurons-nous inventer, ensemble, des manières de comparer susceptibles d’orienter différemment nos situations contemporaines ?

ABSTRACT

This essay is an attempt to extend our experiment to materialize our collective intelligence at the very end of the conference Montréal comparatiste, tradition vivante. Such a relational approach breaches the disciplinary rules to consider research as a form of creation-in-context. How is it possible to link this indisciplinary perspective with the “differential compartism” drafted in my previous transatlantic work ? Will we be able to imagine ways to compare that could orient our contemporary situations in a different way ?


Présenté comme « un des derniers [événements] à avoir lieu au département de littérature comparée avant sa fusion », le colloque Montréal comparatiste : tradition vivante proposait de jeter « un regard rétrospectif sur la façon dont les grands axes de la pensée comparatiste se sont développés de façon spécifique durant les quatre dernières décennies dans son contexte montréalais et, d’autre part, interpréter cette généalogie intellectuelle à l’aune de sa réalité actuelle » [1]. L’enjeu principal, explicitement énoncé, consistait à « se situer ». Situons-nous donc. De janvier à juin 2015, j’aurai eu la chance d’être Professeure invitée au département de littérature comparée de l’UdeM. Cette courte session d’hiver ne me permet évidemment pas de connaitre le contexte de manière suffisamment approfondie pour émettre un avis informé et utile sur cette « réalité actuelle ». En revanche, ma situation transatlantique me fait constater une tendance similaire, sinon une stricte analogie, entre cette fusion départementale et le regroupement de certaines Universités françaises au sein de COMUEs – Communautés d’universités et d’établissements. Ces bouleversements institutionnels s’efforcent, sans doute, de répondre aux mutations de nos sociétés contemporaines. Le contrat social qui inscrit l’Université dans la Cité est, à l’évidence, en voie de métamorphose. Mais la logique de l’austérité qui domine la majorité des politiques en place, et qui se traduit par des économies d’échelle voire de brutales coupures, ne permet pas de changer de paradigme : faire avec moins signifie aussi ne pas se donner les moyens de faire véritablement autrement [2]. D’après la présentation disponible en ligne, le nouveau « Département de littératures et de langues du monde privilégie un enseignement transdisciplinaire qui mise entre autres sur l’ouverture culturelle et le décloisonnement des concepts littéraires » [3]. Comment ne pas s’en réjouir ? Cela dit, la page d’accueil (http://llm.umontreal.ca/accueil/) reconduit le cloisonnement des anciennes structures, visuellement délimitées par un cadre soigneusement circonscrit et dénombrables comme des entités étanches : études allemandes, littérature comparée, études anglaises, études hispaniques, langues modernes. On devine le souci de respecter et de préserver, autant que faire se peut, les anciennes habitudes et les repères des collègues comme des étudiant.e.s. On soupçonne aussi le rapport de force qui conduit à ne pas intégrer aux « littératures et de langues du monde » les langues et littératures françaises, russes, japonaises et anciennes, pour n’en mentionner que quelques-unes… Ne serait-ce pas là, pourtant, que quelque chose pourrait être inventé en d’autres termes ? Pourrions-nous envisager nos recherches comme de véritables créations susceptibles de produire des paramètres d’action inédits ?

La tâche déborde de loin les épaules des seuls comparatistes. Je pense d’ailleurs que le repli corporatiste n’est pas la meilleure stratégie : il s’agit moins de défendre le bastion de la comparée (ou de toute autre discipline) que de renouveler radicalement nos manières d’enseigner et de chercher. Nous pourrions pour ce faire regarder davantage par-delà l’Université, où des expérimentations se multiplient dans des domaines aussi variés que l’habitat, l’esthétique, l’écologie, etc. On peut appeler lucioles ou constellations ces collectifs qui entreprennent, le plus souvent sous le radar, de micro-actions alternatives (voir notamment LAUGIER, DIDI-HUBERMAN, MAUVAISE TROUPE) [4]
. Comment se mettre en rapport avec les artistes, pédagogues, entrepreneur.e.s, citoyen.ne.s et militant.e.s pour démultiplier nos tentatives de faire « autrement » sans perdre le potentiel de l’essaimage ou même de l’invisibilité [5] ? C’est dans cette perspective qu’il me paraît fructueux de reprendre la question de l’épistémologie comparatiste. Au lieu de se complaire à constater qu’elle est toujours en crise (ETIEMBLE) il s’agit de se demander en quoi la littérature comparée peut contribuer à cet effort beaucoup plus général pour penser en dehors des schèmes qui semblent tout à la fois s’imposer à nous avec violence et s’avérer sans prises sur nos situations contemporaines.

Le comparatisme me semble avoir une valeur en tant que forme de pensée. Je commencerai donc par exposer ce que j’ai appelé, à la suite d’Ute HEIDMAN, un « comparatisme différentiel ». Ce point de départ, élaboré pendant mon doctorat en cotutelle entre la France et Montréal, me conduira à esquisser une réflexion indisciplinaire, qui prolonge ma démarche tout en débordant le cadre comparatiste pour s’efforcer de faire de la recherche une forme spécifique d’action et de création. Pour finir, je tâcherai de concrétiser ces propositions en rendant compte du dispositif d’intelligence collective expérimenté lors du colloque – et que je restitue ici même à nos échanges sous la forme d’un document participatif [6].

En passant de propositions épistémologiques en remarques personnelles, descriptives ou concrètes, ce texte s’éloigne des normes des articles érudits. Je l’envisage néanmoins comme un « essai » de littérature comparée dans la mesure où il s’efforce de mettre en œuvre, en acte ou en mouvement – davantage que de représenter, d’où le titre à la Magritte – une pensée relationnelle, que je tiens pour une forme spécifique de comparatisme.

Pour un comparatisme différentiel

C’est en 2007 que j’arrive à Montréal dans le cadre d’une cotutelle de thèse qui devait donner un Phd in Humanities à Concordia Université et un doctorat de littérature comparée à l’Université Charles de Gaulle – Lille 3. Rétrospectivement, j’identifie au moins trois raisons à ce montage transatlantique : (1) l’envie initiale de travailler autour des théories « postcoloniales » qui étaient encore loin d’avoir bonne presse en France, (2) l’importance que je voulais accorder à la traduction (y compris en françai‹s›) au pluriel et de/dans « la langue ») et (3) la certitude que la recherche est une invitation au voyage et au décentrement qui gagne à se concrétiser physiquement.

De Montréal à Paris, Bamako ou Fort-de-France, on peut dire que « la langue » française rayonne ou bien qu’elle se diffracte selon le référentiel dans lequel on se situe : centralisé et impérial dans le premier cas (rayonnement) – quantique dans le second (diffraction). L’expérience de défamiliarisation de « la langue » qu’on croyait « propre » ou « maternelle » (termes qui disent d’eux-mêmes le paradigme majoritairement centripète de la linguistique moderne) peut conduire à différentes attitudes : ramener chaque écart à une norme (perspective puriste), orchestrer tous les écarts comme autant de possibles équivalents le long d’une courbe en variation continue (perspective relativiste) ou encore forger un autre imaginaire de « la langue » – ce que Laurent Jenny appelle « le figural » (JENNY : 2005). Autant d’attitudes et de prises de position que de modes de comparaison. Il existe, en effet, différentes manières de comparer qui répondent chacune à des objectifs et produisent des résultats différents. On peut repérer des comparaisons qui :

  • aident à comprendre (comparaison explicative)
  • éveillent ou maintiennent l’attention (comparaison phatique)
  • hiérarchisent et permettent de choisir (comparaison évaluative)
  • classent, établissent une typologie (comparaison taxinomique)
  • permettent de prendre du recul (comparaison épistémologique)
  • la liste n’est pas exhaustive… vous pouvez la continuer !

L’amplitude de cet éventail des modes et des fonctions de la traduction explique la divergence entre la dénonciation du caractère autocentré et réactionnaire du comparatisme selon NIETZSCHE ([1888] 1974) : « Ramener quelque chose d’inconnu à quelque chose de connu, cela soulage, rassure, satisfait, et procure en outre un sentiment de puissance » et l’apologie de la comparaison par Franz Schultheis, qui en fait un « véritable moyen de rupture avec le “ça va de soi” des représentations sociales issues d’un contexte socioculturel spécifique » (SCHULTHEIS : 1989, 220).
Il y a pourtant un point commun à toutes ces différentes manières de comparer : elles consistent toujours à mettre en rapport, à établir une relation, à construire un lien. Toute la question est alors de savoir comment chaque chercheur.e décide de « construire les comparables » (ZIMA : 2000, 27). Le comparatisme, en ce qu’il invite toujours minimalement à mettre en relation/tension/rapport est avant tout une forme d’esprit, que l’on peut illustrer comme un réseau à se représenter en trois dimensions :


Capture d’écran d’une arborescence tracée par la plateforme Insight par Samuel Tronçon (Résurgences)

Cette illustration, qui n’est pas parfaitement adéquate, constitue une invitation à poursuivre davantage qu’un point d’arrêt : cette idée de pensée-réseau suscite-t-elle, dans votre esprit, d’autres analogies, déplacements ou ouvertures de possibles ? Car c’est bien ce dont il s’agit : changer de gare de triage – en l’occurrence passer du discursif au visuel pour s’efforcer de voir mieux et différemment, sous un autre angle et avec un autre point de vue.

Au lieu de progresser de manière rectiligne, on approche par différents côtés, on apprivoise, on approxime – et, finalement, les différents faisceaux convergent. Du moins on espère. Pendant ce nouveau séjour de 6 mois à Montréal, j’ai eu la chance de mettre en place un « atelier de visualisations graphiques » co-organisé avec Hexagram et animé avec Samuel Tronçon puis Jessica Charbonneau. Nous proposions d’offrir aux chercheur.e.s des outils pour matérialiser leur pensée afin d’en exposer les résultats et aussi pour mieux en comprendre le fonctionnement, cf. http://www.hexagram.ca/activities/atelier-7/

Je qualifie de « différentielle » une comparaison qui suscite la mise en évidence de différences, différences qui se trouvent à la fois entre les pôles comparés (A est différent de B) et aussi au sein de chacun d’entre eux, révélant des hétérogénéités qui seraient sinon restées inaperçues (différences qui traversent A, différences qui traversent B). Observons, par exemple, le dernier vers du poème HÜTTENFENSTER paru dans le recueil Die Niemandsrose de Paul Celan. À première vue, il ressemble à une tautologie :

Beth, – das ist
das Haus, wo der Tisch steht mit

dem Licht und dem Licht.

Même sans comprendre l’allemand, on constate la répétition, apparemment à l’identique, du substantif « Licht ». C’est le détour par la traduction, ou plus particulièrement par deux versions traduites, qui m’aura permis de saisir la différence entre la première et la seconde occurrence du mot. Voici comment traduisent, respectivement en français et en anglais, Martine Broda et John Felstiner :

Beth, – qui est la maison
où il y a la table avec

la lumière et la lumière.

Beth, – which is the house
where the table stands with

the light and the Light.

L’écart qui sépare la lettre minuscule de la majuscule dans la version de John Felstiner m’a mise sur la voie : sous l’allemand d’écriture (à moins que ce ne soit un effet produit en hologramme par-dessus le texte) se trame l’hébreu, où l’on distingue deux types de lumières :

[or] et

[ziw]. La première désigne la lumière naturelle du jour et la seconde la lumière divine. Cette interprétation, qui diffracte « la langue » allemande pour la lire partiellement en hébreu, me semble confirmée par un vers plus tardif du même poète dans NAH, IM AORTENBOGEN (Fadensonnen) : « Ziw, jenes Licht ». Sans doute le cotexte (contexte textuel immédiat entourant l’occurrence) du premier poème, qui dresse la table en hébreu et se trame d’intertextualités talmudiques, pouvait-il suffire à suggérer de passer de l’allemand à l’hébreu. Mais c’est la comparaison qui m’aura permis de voir une différence là où la lecture du texte isolé semblait répétition. Une telle comparaison, on le voit, ne vise pas à évaluer les pertes et les gains d’une traduction ni à en préférer l’une ou l’autre : la mise en constellation des versions n’est pas une manière de les hiérarchiser ni même de reconduire des frontières entre elles : l’enjeu est bien de faire jaillir les différences constitutives à chacune des versions.

Scholie pédagogique. La comparaison différentielle aide à focaliser son attention sur le niveau d’analyse qui importe le plus aux études de lettres et qui est le celui de l’énonciation. Non pas ce qui est dit, mais la façon de le dire. Analyser un texte en littéraire, c’est en effet se poser la question du « comment » davantage que du « quoi », exactement comme il y a des « manières » en peinture autant que des sujets ou des objets représentés dans les tableaux. Une petite expérience peut aider à mieux comprendre se dont il s’agit ici : il suffit de se reporter à l’œuvre de Joseph Kosuth, One and Three Chairs (mais en masquant le titre !), aisément visible sur internet. Que voyez-vous, si l’on ne considère que la partie centrale de l’image ? Comment reformulez-vous si vous voyez l’ensemble du triptyque ?

La comparaison attire l’attention sur la matière et sur la manière : là où l’image isolée met en avant l’objet (une chaise) la mise en série d’une photographie de chaise, d’une sculpture de chaise et d’une définition discursive de ce que c’est qu’une chaise (dans le dictionnaire) relègue le « quoi » derrière le « comment »… et c’est gagné pour commencer à se forger un regard esthétique !

La question esthétique entraine avec elle tout un paradigme : loin de reconduire les entités sécurisées dans leurs contours et leurs quintessences, le comparatisme différentiel ramène à la surface les aspérités que l’on a tendance à refouler par souci d’économie et de rapidité, quand ce n’est pas par purisme idéologique. C’est là, sans doute, l’un des apports de la littérature comparée aux problèmes sociaux qui nous préoccupent : elle rappelle obstinément la différence logée au plus intime des identités, tout en insistant sur les manières et sur les co(n)textes. Pour le dire autrement : le comparatisme différentiel oppose au référentiel qu’on peut dire monologique où les choses, les mots et les êtres coïncident à eux-mêmes et s’opposent les uns aux autres un référentiel que j’ai appelé hétérolingue – en reprenant un terme forgé par Rainier GRUTMAN – et que je dirais désormais volontiers indisciplinaire. En un certain sens, il ne s’agit plus de littérature comparée, puisque l’indiscipline fait précisément voler en éclat les sécurisations des disciplines académiques. Mais d’un autre côté il ne s’agit peut-être que de littérature comparée, dans la mesure où c’est précisément comme branchement ou comme embrayage – en tous cas comme une pensée relationnelle – que j’envisage l’indiscipline.

Linéaments d’une approche indisciplinaire, ou quand la recherche-création entre en action

L’indiscipline s’efforce de restaurer des conditions de pensée dans un monde dont la violence semble parfois empêcher de réfléchir avec justesse. Elle nait du sentiment qu’il n’est pas possible de faire comme si n’arrivaient pas les cataclysmes politiques, économiques et climatiques, institutionnels et sociaux – et j’en passe – qui inondent et bombardent des citoyennes et citoyens dont le « nous » est sans cesse mis en péril. Nous sommes en droit de nous demander non seulement « à quoi ça sert » de faire des études de lettres (ou de toute autre chose) mais surtout ce qu’elles nous mettent en pouvoir ou en capacité de faire (ANGENOT).

Envisagée de manière indisciplinée, la littérature comparée n’existe pas – pas plus que n’importe quel autre cloisonnement académique. Contre-pouvoir et résistance, l’indiscipline rappelle le rapport de force qui institue les découpages disciplinaires et l’arsenal de leur préservation. Volontairement provocatrice, elle s’agite jusqu’à sortir du bocal que les disciplines académiques ont créé pour se protéger – et qu’il faut renverser de toute urgence pour ne pas disparaître et contribuer à changer le monde tout autour, qui en a bien besoin. Plus encore qu’un corps de savoir spécialisé et de méthodologies patiemment élaborées, la discipline est en effet un périmètre d’action ou, plus précisément, de non-action. C’est ainsi que Pierre Macherey décrit l’idiome universitaire : « la manière dont l’enseignement universitaire aborde les thèmes qu’il traite, en en “parlant” au titre d’une parole surplombante et désengagée, a pour but premier de les neutraliser, en les coupant artificiellement des conséquences que serait susceptible de déchaîner leur mise en œuvre effective » (MACHEREY : 2001, 229). C’est précisément contre une telle coupure que travaille l’indiscipline. S’indiscipliner, pour l’UniverCité, ce n’est pas réparer la rupture qui existerait entre l’Université et la Cité mais révéler qu’elle n’existe pas.

Mais comment faire ? Il ne peut s’agir de rapailler la littérature comparée avec d’autres disciplines – ce qui reviendrait, là encore, à les envisager comme des entités soigneusement délimitées que l’on branche ou que l’on déconnecte sans en questionner la porosité. Là où le discours convenu promeut une inter- ou une trans-discipline qui laisse intacte chacune des disciplines en question, l’indiscipline s’attaque aux parois mêmes de chacune d’entre elles pour envisager la recherche (toute recherche) comme une forme spécifique de création.

C’est au Québec que je découvre la formule « recherche-création ». Ce syntagme est curieux : il suggère à la fois une opposition et une articulation. D’un côté, en effet, la « recherche scientifique » se définit par opposition avec la création : rationalité vs imagination, rigueur analytique vs créativité, objectivité vs émotions, calcul vs improvisation, distance critique ou réflexion vs spontanéité. La dichotomie parfaite qui oppose ces deux termes est cependant suspecte. Tout laisse à penser que c’est précisément pour opposer ces démarches qu’on les décrit ainsi, et non en raison de leurs qualités intrinsèques. Combien d’artistes rejetteraient totalement la distance critique ou la réflexion au profit d’une pure spontanéité ? Et quels chercheurs continueraient à prétendre une objectivité totalement dénuée d’implications subjectives ? D’un autre côté, il est tentant de rabattre la recherche et la création l’une sur l’autre. Toute création, en effet, suppose une part de recherche – que celle-ci soit explicite ou non. Inversement, si l’on admet que l’enjeu d’une recherche est de modifier les conditions d’intelligibilité du monde, de se mettre à penser quelque chose d’impensable jusque là, elle constitue bien une forme de création. Ne parle-t-on pas de recherches groundbreaking ? Dès lors que la recherche sort des sentiers battus, qu’elle bouscule les habitudes de pensée autant que les procédures d’investigation, elle produit du nouveau – donc elle crée ! Il y a à tout le moins un moment de la recherche où la pensée anticipe sur ses connaissances et ses compétences, un moment où le savoir se désolidarise de lui-même et accepte de ne pas savoir, un instant de pari vers l’inconnu. Sinon la recherche ne pourrait jamais trouver du nouveau. Cet élan sera masqué, rétrospectivement. Il cèdera la place aux étapes d’un protocole de validation qui feint d’avancer de manière progressive, cohérente et construite alors qu’il n’aurait sans doute jamais été entrepris sans l’impulsion que lui procurent l’envie, le désir, l’intuition de quelque chose d’encore indéterminé, mais luisant comme un trésor…

Le terme « indiscipline » et l’adjectif « indisciplinaire » sont fréquemment employés par les artistes qui sont nombreux à qualifier ainsi leur démarche. Sans doute n’est-ce pas sans rapport avec la formulation d’une esthétique relationnelle par Nicolas Bourriaud dans les années 1990. Dans les deux cas, il s’agit de tentatives d’embrayage ou de branchement pour renouveler les situations sociales et ouvrir des possibles de vie encore inexplorés. Pour ne retenir que quelques exemples et rester à Montréal, mentionnons :
• le tandem d’oeuvrier et oeuvrière indisciplinaire Doyon/Demers http://www.doyondemers.org/ qui explique : « Depuis 1993, nous utilisons le néologisme indisciplinaire pour nous définir comme étant sans discipline fixe et indisciplinés. Dans cette position idéologique, nous nous trouvons interpellés par une inscription systémique – plutôt que par une allégeance disciplinaire – dans un registre de services et de fonctions »
• Le bureau de l’APA (Laurence Brunelle-Côté et Simon Drouin, http://www.bureaudelapa.com/) dont « les œuvres permettent et stimulent la rencontre d’artistes et d’artisans autour de projets artistiques suscitant la réflexion et la mise en commun d’expériences, de ressources et de savoir-faire pluriels. Il s’agit de faire en sorte que les projets demeurent toujours au service d’une intention affranchie des exigences liées au travail disciplinaire. L’intelligence véritable ne doit pas perdre pied dans les vases clos. Le bureau de l’APA se rapproche donc d’un atelier de bricolage indiscipliné en art vivant. »
• La Société des arts indisciplinés créée par Valérie Rousseau en 1998 et qui n’existe plus mais dont témoigne une publication : Vestiges de l’Indiscipline, Environnements d’art et anarchitectures, éditée par la Société du Musée Canadien des Civilisations.
• Un ouvrage de référence : Lynn Hugues et Marie-Josée Lafortune (dir.), Penser l’indiscipline : recherches interdisciplinaires en art contemporain, Montréal, Optica, 2001.
• le cycle des rencontres indisciplinaires que j’ai organisées avec des comparses de janvier à juin 2015 en tant que titulaire de la Chaire d’études de la France contemporaine et qui a contribué aussi, du moins je l’espère, à cette cartographie indisciplinaire de Montréal – le graphisme est de Pierre Tandille http://rencontres-indisciplinaires.pen.io/
• et pour ne pas en finir, n’hésitez pas à contribuer au répertoire participatif qui se trouve à l’adresse http://www.pearltrees.com/msuchet/outils-indisciplinaires/id10165623

Reste à inventer les modalités d’une recherche qui soit moins érudite ou théorique que relationnelle. Comment penser des formats scientifiques qui s’embrayent différemment ? C’est ce que je vais l’efforcer de faire pour finir, en prolongeant l’expérience du dispositif auquel nous avons collectivement travaillé lors du colloque.

Rédigeant ce texte, je suis partagée entre le plaisir et la déception de découvrir le projet Our Collnnective Mind d’Anne Goldenberg et Rut Jesus http://ourcollnnectiveminds.blogspot.fr/ qui se présente ainsi : « OurCollnnectiveMinds is a game/theory-reflection/art piece, at the crossroads between cognition theory and research-creation, which invites the participants to experiment with collective and discursive thinking, within a low tech, live, three dimensional artefact ». Doit-on y voir un cas de plagiat par anticipation ? Pour d’autres idées de dispositifs, voir les expérimentations cartographiques impulsées par Sarah Mekdjian : http://visionscarto.net/cartographies-traverses

Tentative de retour sur un dispositif

En tant qu’« invitée d’honneur » au colloque Montréal comparatiste, j’avais moins envie de donner une « conférence de clôture » que d’expérimenter une forme indisciplinaire de comparatisme. Le cadre à faire bouger était celui d’une fin de colloque au terme duquel on pouvait s’attendre à la fois à une intense réflexion partagée, à une fatigue généralisée et à un certain manque de temps pour assimiler les propositions énoncées. Le format conférencier cantonne en effet le plus souvent les échanges à des espaces-temps réduits entre deux communications prononcées à la hâte, quand elles ne débordent pas au point de supprimer plus ou moins complètement le temps des questions. Ma proposition consistait à faire en sorte que l’ensemble des participant.e.s se ressaisisse de ce qui avait été énoncé et reçu au cours des deux journées et puisse matérialiser ce que ces échanges avaient apporté. Pour donner forme à cette intelligence collective, j’imaginais un dispositif constitué d’un réseau d’idées. Nous l’avons fabriqué, Dominic Hardy [7]. et moi-même, avec des tubes de plastique scotchés sur le bureau et entre lesquels nous avons tendu des fils pour y suspendre des feuilles de papier préalablement découpées.




Toutes les personnes présentes (intervenant.e.s et public) étaient invitées à inscrire des idées sur des papiers colorés selon la légende suivante :


Sur les photographies prises par Dominic Hardy [8], on voit le dispositif qui se construit peu à peu à mesure que la salle se vide, les corps en mouvement, les rires…


Comment rendre compte d’un tel dispositif ? Et surtout, que peut-on en tirer ? Est-il possible d’anticiper ce que sera le comparatisme de demain en se constituant, ensemble, en centrifugeuse à idées ? Peut-on espérer faire émerger d’un dispositif collectif et matérialisé une idée que nul.le n’aurait eu en solitaire et dans sa tête ? Un tel dispositif peut-il constituer en lui-même un apport en direction d’un comparatisme à venir ? Est-il possible de prévoir les résultats d’une situation paramétrée pour modifier les conditions de production des idées ? Comment rendre compte d’une telle expérience et la prolonger sans se contenter de décrire et de raconter ce qui s’est passé – ou reprendre une posture monologique et d’autorité ? Autant de questions qui ne seront pas résolues ici mais qui guident les remarques suivantes, organisées en « entrées » de natures différentes.

L’expérimentation reposait sur la participation de chacun.e.s : collègues et étudiant.e.s, universitaires et curieux.e.s, intervenant.e.s et public. Même si j’assume l’entière responsabilité de ce que j’écris ici, je tiens à souligner que ma réflexion n’aurait pas été possible sans l’implication celles et ceux dont les noms figurent sur le programme, et bien d’autres encore ! Voici quelques-unes des idées et pistes partagées :


Apport immédiat – Deux des références inscrites ont été très utiles à ma réflexion sur l’indiscipline :


  • David Ferris, « Indiscipline », dans Haun Sauss (dir.), Comparative Literature in the Age of Globalization, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2006, p.91-94. Cet essai suggère de sortir la littérature comparée de l’ornière historique dans laquelle se trouvent les Humanités (et l’Université en général) en la reprogrammant selon une indiscipline radicale qui permettrait d’en faire le vecteur pour élaborer de nouveaux modes de rapport à la différence.
  • James Partaik, cf. http://esse.ca/fr/article/40/Partaik : « Je nomme ma pratique l’indisciplinarité. Depuis 1993, j’utilise ce terme, un lapsus que j’ai prononcé lors d’un forum présidé par le sociologue Guy Sioui Durand. Comme “attitude d’accès”, l’indisciplinaire œuvre dans une modalité de vivre qui est analogue à l’idée de l’hypermédia. À travers des “zones activables” de la vie, les enjeux aux actes créatifs transforment d’une façon tangible la réalité qui s’ouvre aux données invisibles ou potentielles de toute situation. L’indisciplinarité comme “attitude d’accès” me permet de sauter d’un point de vue à une rencontre, d’une langue à une autre, d’une discipline technique, d’un site à un autre, d’un pas à un autre ».

Peut-être (sans doute) ces références auraient-elles émergé dans le temps plus classique des questions et remarques suite à mon exposé. Par ailleurs, je constate la fréquence de la référence à Catherine Malabou, évoquée à deux reprises seulement (de mémoire) dans les interventions mais citée plus de 4 fois dans les papiers. Tout se passe comme si des cristallisations collectives avaient eu lieu, parfois sur des termes ou des noms que je n’avais même pas entendus passer dans le fil des discours…

Matérialité et technique – Je suis convaincue que l’invention de nouveaux modes de réflexion doit passer par l’invention de formes concrètes et matérielles. Une idée, même tournée mille fois dans sa tête, change de dimension quand on peut la prendre en main. Par ailleurs, faute de mettre la main à la pâte et de visualiser un protocole inusité, on risque de toujours reconduire les habitudes de faire et de penser. Dans cette période d’obsolescence des terminologies et des modèles, c’est peut-être en combinant, en agençant autrement que nous serons le mieux à même de forger de nouvelles perspectives. En l’occurrence, il aurait été bon de prévoir des portants plus hauts, et surtout de mieux arrimer les portants au support (le bureau en l’occurrence). Idéalement, il faudrait prévoir une structure qui peut être étirée, reconfigurée – peut-être en utilisant de l’élastique ? [9]

Résultat – Je partais avec l’espoir qu’un dispositif collectif pourrait faire émerger une idée radicalement nouvelle, dont tou.te.s s’accorderaient à considérer qu’elle aurait été impensable sans y recourir. Après coup, il me semble à la fois illusoire et peu pertinent de nourrir une telle attente. L’enjeu me semble désormais moins d’obtenir un résultat donné que de proposer, en acte, une alternative aux manières de faire habituelles [10]. Cela ne signifie pas que rien n’est à attendre en termes de résultats, mais qu’il faut sans doute répéter l’expérience à de multiples reprises, prendre le temps de la digérer et de la transformer, pour que quelque chose de nouveau puisse émerger. La pensée magique, ici pas plus qu’ailleurs, ne fonctionnera pas – mais il est possible de se doter, patiemment, d’autres modalités de réflexion. Écrire ce texte comme une manière de prolonger le dispositif est l’une de ces répercussions : l’expérience invite à forger d’autres textualités scientifiques. C’est peut-être ainsi qu’on peut concevoir une forme de recherche qui ne soit pas d’érudition ni de théorisation mais relationnelle. Son objectif n’est pas de développer une proposition singulière ni d’augmenter la somme des connaissances dans un domaine, mais de faire circuler une hypothèse pour voir ce que donnera sa transposition dans d’autres têtes et ce qu’apportera sa mise en partage.

Facteur temps – Je découvre que la déstabilisation des habitudes ne rend pas immédiatement plus créatif. Au contraire, bien des inconforts et des malaises doivent être surmontés pour embrayer sur un autre fonctionnement, qui tend toujours volontiers à reprendre les anciens plis. Sans doute n’est-il pas plus facile de reconnaître une idée nouvelle, dût-elle apparaître : sur le fond de quel horizon saurons-nous l’évaluer et la recevoir ? L’un des papiers fait lui aussi état de cette importance du facteur temps :

Il faut développer une expérience de ces dispositifs : les inventer, les confectionner, les présenter et les mettre en œuvre ne s’improvise pas. Surtout, il semble toujours manquer un temps : comment faire et ensuite faire retour pour penser à ce que l’on a fait ? Est-ce qu’une publication peut permettre cet après-coup ? Qui va vraiment se saisir du document partagé pour continuer à réfléchir ?

Partage – Comment créer véritablement du commun ? Il y a des échanges pendant l’écriture des papiers et leur accrochage, puis des lectures un peu erratiques, mais nous n’avons pas lu chacun des papiers. Ce constat m’a conduite, lors d’une journée d’étude ultérieure (organisée par Jean-Philippe Warren et Marie-Andrée Bergeron à la médiathèque littéraire Gaëtan Dostie), à transformer le dispositif du réseau en jeu de cartes : chaque participant.e remplissait deux papiers, l’un (bleu) avec une idée à retenir de la journée, l’autre (vert) avec une nouvelle idée à apporter. Le jeu consistait ensuite à piger au hasard une carte verte et à l’associer avec l’une des cartes bleues déposées, face visible, sur une table. On lançait ensuite un dé et on changeait de joueur, chacun.e formulant une phrase associant les deux mots et partageant ainsi une idée nouvelle. Reste encore une question insoluble : comment intégrer (ou accepter de ne pas intégrer) celles et ceux qui ne veulent pas se prêter au jeu, sachant qu’un tel jeu perturbe les attentes légitimes lorsqu’on vient participer ou assister à un colloque ? Lors du jeu de cartes, j’ai transformé en « joker » une carte restée vierge.

Règles – l’indiscipline suggère une grande liberté au point, peut-être, de ne donner aucune directive. Pourtant, il faut bien répondre aux demandes, le plus souvent pressantes, pour cadrer les attentes et préciser les règles. C’est pour cette raison que j’avais établi une légende. En réalité, certain.e.s semblent toujours en défaut d’indications (peut-on écrire plus qu’un seul mot, ou quel type de référence…) tandis que d’autres s’affranchissent des règles ou en jouent (le papier blanc reproduit ci-dessus et où il est écrit « ce papier est jaune » !). Il faut ainsi toujours négocier un équilibre entre diriger et laisser advenir.

Blague ? – Il faut aussi trouver un équilibre aussi entre le bricolage ludique, voir facile (on rit beaucoup plus à essayer d’accrocher un papier qu’à écouter une communication) et les attentes immenses (faire émerger du radicalement nouveau à partir d’une intelligence collective). Manifestement, d’autres manières d’envisager le dispositif sont possibles, auxquelles je n’aurais pas pensé. Que répondre, par exemple, à la question de savoir suivant : « notre intelligence collective modélisée par ces ficelles constitue-t-elle un eruv » ?

L’eruv (ou érouve) désigne une clôture plus ou moins matérielle ou symbolique délimitant une zone dans laquelle certaines activités normalement interdites par le Talmud et la Torah peuvent être réalisées pendant shabbat et certaines fêtes juives. Dans quelle mesure un dispositif indisciplinaire trace-t-il, au sein de l’institution, un espace (p)réservé ? Peut-on espérer lui assurer un devenir viral pour qu’il puisse gagner d’autres périmètres et, surtout, modifier la Loi au lieu de la contourner partiellement ?

Traces – que garder et comment documenter d’un tel dispositif ? Nous avons photographié le moment lui-même, qui peut-être n’a pas beaucoup d’intérêt dans l’après-coup. Puis j’ai collé tous les papiers à plat sur du papier en les classant par couleurs, ce qui permet de les lire mais sans doute pas vraiment de valoriser les résultats éventuels de ce dispositif. Aurait-il été possible de photographier le réseau des idées en mouvement, avec différentes saisies ?



Doutes – En quoi, finalement, est-ce qu’un dispositif de ce type offre véritablement autre chose qu’une communication scientifique plus traditionnelle ? Qui a vu un rapport avec la « corde à idées » qui avait été tendue par les étudiant.e.s du département de littérature comparée de l’UdeM pendant la grève de la session d’hiver 2015 ? Aurait-il fallu arrimer plus directement et frontalement la réflexion à une situation politique concrète – celle, en l’occurrence, de la fusion des départements ? Comment inventer une efficacité qui ne soit pas de la mise en application directe d’une réflexion mais puisse la faire fructifier dans l’action ? Peut-on considérer qu’inventer un dispositif est une manière de montrer les potentialités de renouvellement de la comparée ?

Post-Scriptum

Un mouvement révolutionnaire ne se répand pas par la contamination, mais par résonance. Quelque chose qui se constitue ici résonne avec l’onde de choc émise par quelque chose qui s’est constitué là-bas. Le corps qui résonne le fait selon son mode propre. Une insurrection n’est pas comme l’extension d’une peste ou d’un feu de forêt — un processus linéaire, qui s’étendrait de proche à proche, à partir d’une étincelle initiale. C’est plutôt quelque chose qui prend corps comme une musique, et dont les foyers, même dispersés dans le temps et dans l’espace, parviennent à imposer le rythme de leur vibration propre.
Le Comité invisible, L’insurrection qui vient, Paris, La Fabrique, 2007, p.131.

L’indiscipline est une forme de pensée tactique, qui ne prétend pas être la seule valable ni même devoir se pérenniser. Ce texte s’est efforcé de poser quelques jalons pour une recherche qui prend appui sur un comparatisme différentiel pour se faire relationnelle. Il s’agissait, en somme, de prolonger l’expérience d’un dispositif imaginé pour ressaisir et relancer, davantage que clore, les réflexions partagées lors du colloque Montréal, tradition comparatiste. Cette expérimentation me semble moins résoudre les questions relatives à l’avenir de la littérature comparée à l’UdeM que les déplacer ou les décaler. Tout se passe comme si l’effort pour « se situer » devenait non pas celui d’un regard rétrospectif couplé à une analyse de la situation contemporaine mais plutôt une invention de forme. Nous traversons à l’évidence une phase de péremption généralisée des discours et des étiquettes – et ce « nous » déborde le cercle des comparatistes comme celui des seuls universitaires. Dans ce vertige, il est possible de perdre pied – ou de travailler à inventer en acte des directions inédites. Je crois que la littérature comparée sera ce que nous en faisons, à la fois en-deçà et au-delà des infrastructures institutionnelles, en relation avec d’autres constellations de lucioles.
De même que le dispositif décrit ici n’a existé que comme une expérience partagée, ce texte est avant tout un nœud dans une interlocution continue. Permettez-moi de vous l’adresser de nouveau : que vous ayez participé ou non au dispositif expérimenté lors du colloque, n’hésitez pas à verser vos commentaires, interprétations, critiques et propositions dans le document partagé disponible à l’adresse suivante : https://drive.google.com/folderview?id=0Bw_skey1WqT0fkRvT3U3MTgyREQ4cWhSTk1IdTZTRXpVUzhTUnhodW0xcmVpYWVyX2JTTDA&usp=sharing

Le terme même d’indiscipline n’est aucunement définitif. Puisse-t-il fonctionner comme un mot de passe (un shibboleth, pour faire écho à l’eruv découvert dans les petits papiers…) qui permettrait de se retrouver, par-delà les cloisonnements des spécialisations et des institutions, pour chercher ensemble les alternatives dont nous avons bien besoin.


Bibliographie

  • ANGENOT Marc, « Que peut la littérature ? Sociocritique littéraire et critique du discours social », dans NEEFS Jacques et ROPARS Marie-Claire (éd.), La Politique du texte. Pour Claude Duchet, Presses universitaires de Lille, 1992, p. 9-28.
  • BOURRIAUD Nicolas, Esthétique relationnelle, Paris, Les Presses du réel, 1998.
  • COMITE INVISIBLE, L’insurrection qui vient, Paris, La Fabrique, 2007.
  • DETIENNE Marcel, Comparer l’incomparable, Paris, Seuil, « Librairie du xxème siècle », 2000.
  • DIDI-HUBERMAN, Survivance des lucioles, Paris, Editions de Minuit, 1999.
  • ETIEMBLE René, Comparaison n’est pas raison. La crise de la littérature comparée, Gallimard, Paris, 1963.
  • GRUTMAN Rainier, Des langues qui résonnent. L’hétérolinguisme au XIX siècle québécois, Québec, Fides, 1997.
  • HEIDMANN Ute, « Comparatisme différentiel et analyse de discours. La comparaison différentielle comme méthode », dans Jean-Michel Adam et Ute Heidmann (éd.), Sciences du texte en analyse de discours, Genève, Slatkine Erudition, 2005.
  • LAUGIER Sandra et OGIEN Albert, Le principe démocratie. Enquête sur les nouvelles formes du politique, Paris, La Découverte, 2014.
  • MACHEREY Pierre, La Parole universitaire, Paris, La Fabrique, 201, p.229
  • MAUVAISE TROUPE, Constellations. Trajectoires révolutionnaires du jeune 21ème siècle, Paris, Editions de l’Éclat, 2014.
  • NIETZSCHE Friedrich, Le Crépuscule des idoles. Œuvres complètes, t.V, traduction de l’allemand par Patrick Wotling, Paris, Gallimard, [1888] 1974.
  • SCHULTHEIS Franz, « Comme par raison – comparaison n’est pas toujours raison. Pour une critique sociologique de l’usage social de la comparaison interculturelle », Droit et société 11-12, 1989.
  • ZIMA Peter V., « Vergleich als Konstruktion. Genetische und Typologische Aspekte des Vergleichs und die sozial Bedingtheit der Theorie », dans Peter V. Zima, Reinhard Kacianka, Johann Strutz (éd.), Vergleichende Wissenschaften : Interdisziplinarität und Interkulturalität in den Komparatistiken, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 2000.

[2] Consulter les conférences orchestrées par la revue Liberté permet d’en savoir plus : http://revueliberte.ca/content/la-depossession-tranquille-4-conferences-pour-penser-lausterite – Pour un bel exemple de logique inverse à la manière d’un exercice de style, on peut lire la lettre « Si j’étais ministre de la Culture… » de Carole Fréchette : http://www.cqt.ca/accueil/actualites/923 – Pour plus théorique et systématique, voir les Economistes atterrés : http://www.atterres.org/

[3] Présentation à l’adresse (http://llm.umontreal.ca/departement/presentation/)

[5] Outre le Comité invisible, voir les Entrepreneurs du commun, https://www.facebook.com/entrepreneursducommun

[7] Il faudrait bien davantage qu’une note de bas de page pour le remercier de sa participation à chacune de étapes de cette expérimentation, cet essai de restitution compris

[9] Pour tester un exemple rendu possible par l’outil numérique, cf. http://www.moma.org/interactives/exhibitions/2012/inventingabstraction/?artist=50 où chaque clic sur l’un des nœuds réorganise tout le réseau – et construit une histoire de l’art.

[10] Merci à Charline Pluvinet, qui m’a aidée à me formuler cette remarque dans l’après-coup de l’expérience.